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environnement

Zones humides : rôle, menaces et protection en France

Définition légale, services rendus, causes du recul, statuts de protection : comprendre les zones humides et les gestes qui les préservent.

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Zones humides : rôle, menaces et protection en France

Une zone humide est un terrain gorgé d’eau, en permanence ou par intermittence, dont le sol ou la végétation porte la marque de cette saturation. Le code de l’environnement en donne une définition précise depuis 1992. Ces milieux filtrent l’eau, écrêtent les crues, stockent du carbone et abritent près d’un tiers des espèces menacées de France.

Ce que le droit français appelle une zone humide

La définition juridique tient dans l’article L. 211-1 du code de l’environnement, issu de la loi sur l’eau du 3 janvier 1992 : des terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre, de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année.

Un mot de deux lettres a nourri dix ans de contentieux : « ou ». Un arrêt du Conseil d’État rendu en 2017 avait imposé de réunir les deux critères, sol et végétation, ce qui faisait sortir du champ de la loi quantité de parcelles cultivées dont la flore d’origine avait disparu. La loi du 24 juillet 2019 portant création de l’Office français de la biodiversité a rétabli le caractère alternatif. Un sol hydromorphe suffit désormais à caractériser une zone humide, sans le moindre jonc en surface.

Sol ou végétation : les deux clés de l’identification

L’arrêté du 24 juin 2008 modifié fixe la méthode d’expertise, avec deux entrées indépendantes l’une de l’autre.

  • Le critère pédologique : un sondage à la tarière, sur environ 120 centimètres, cherche les traces d’hydromorphie, taches de rouille, horizons gris-bleu, matière organique mal décomposée.
  • Le critère botanique : la présence des espèces et des habitats caractéristiques listés en annexe de l’arrêté, roseaux, laîches, joncs, saules arbustifs.

Un seul critère rempli classe la parcelle. L’exercice n’a rien d’académique. Il décide si vos travaux relèvent de la police de l’eau, et sous quel régime.

Marais, tourbière, prairie inondable : une même famille

Le vocabulaire administratif rassemble des paysages sans ressemblance apparente. Une tourbière d’altitude, un marais littoral, une ripisylve le long d’un ruisseau, une prairie inondable de fond de vallée, une mare de village, une lagune saumâtre, une mangrove ultramarine : le même article de loi les couvre tous. Leur point commun tient à une eau qui stationne assez longtemps pour transformer le sol et trier la végétation.

Prairie inondable en fond de vallée avec joncs et flaques luisantes au petit matin

Ce que ces milieux rendent, gratuitement

Le premier service rendu par une zone humide concerne l’eau. Le milieu fonctionne comme une éponge : il absorbe l’excédent pendant les épisodes pluvieux, puis relâche lentement le stock vers la nappe et le cours d’eau pendant l’étiage. Cet effet tampon écrête les crues à l’aval et soutient le débit en été.

L’épuration emprunte le même chemin. En traversant la vase et le lacis des racines, les nitrates issus du bassin versant se dénitrifient et le phosphore particulaire se piège dans les sédiments. Le guide technique interagences consacré aux zones humides et à la ressource en eau retient qu’une ripisylve de moins de trente mètres de large abat jusqu’à 80 % de la charge en nitrates qui la traverse. Aucune station d’épuration ne rend ce service sans facture d’électricité.

Vient la biodiversité, et le déséquilibre y est spectaculaire. Selon l’Office français de la biodiversité, les milieux humides de France métropolitaine accueillent 30 % des espèces rares ou menacées, la totalité des amphibiens, la moitié des espèces d’oiseaux et le tiers des espèces végétales remarquables. Les oiseaux des étangs en donnent la version visible ; la libellule, dont la larve passe des années sous l’eau avant d’émerger, en donne la version cachée.

Le carbone dormant des tourbières

Un rapport de surface résume l’enjeu climatique. Les tourbières couvrent environ 3 % des terres émergées de la planète mais renferment près de 30 % du carbone stocké dans les sols. En France, leur superficie est évaluée à 111 000 hectares pour un stock de 153 millions de tonnes de carbone, soit 0,2 % du territoire métropolitain et près de 3 % du carbone contenu dans ses sols.

Cet équilibre tient à un fil : l’eau. Tant que la tourbe reste noyée, la matière organique ne se décompose pas. Drainez la parcelle, et le stock s’oxyde. Le puits de carbone devient une source d’émissions, des siècles de dépôt partant en quelques décennies.

Pourquoi la surface continue de reculer

L’ampleur du recul français est documentée. La France a perdu la moitié de ses zones humides entre 1960 et 1990, selon l’Office français de la biodiversité, qui situe à 87 % la disparition mondiale de ces milieux entre le 18e et le 20e siècle. Le territoire hexagonal reste propice aux milieux humides sur 29,5 % de sa surface, alors que les zones effectivement inventoriées plafonnent à 2,2 millions d’hectares, soit 5,7 % du pays.

Les causes se répètent d’un bassin à l’autre.

  • Le drainage agricole et le retournement des prairies humides en terres labourées.
  • L’artificialisation, qui pose lotissements et infrastructures sur des fonds plats et bon marché.
  • Les prélèvements excessifs, qui abaissent la nappe et assèchent le milieu par le bas.
  • Les espèces envahissantes, jussie ou renouée du Japon, qui referment les plans d’eau.
  • La déprise agricole, quand l’abandon du pâturage laisse la saulaie coloniser une prairie inondable.

Le mouvement ne s’est pas arrêté en 1990. L’évaluation nationale des sites humides emblématiques, publiée en janvier 2023 par le service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique, montre que 41 % des sites évalués se sont dégradés entre 2010 et 2020, avec une surface en régression sur 20 % d’entre eux et stabilisée sur 64 %. L’Office français de la biodiversité chiffre pour sa part à 6 % seulement la part des habitats humides en bon état de conservation.

Le climat pèse sur la même corde. Les étiages sévères et la baisse des nappes prolongent l’assèchement estival des zones humides méditerranéennes. La pression de la sécheresse sur les étangs et la pêche en donne une illustration parlante autour d’Aix-en-Provence.

Berge de marais colonisée par des roseaux secs, niveau d’eau visiblement bas en fin d’été

Les statuts de protection, du label mondial à l’arrêté préfectoral

Les protections s’empilent par couches, de l’international au parcellaire.

Le label Ramsar ouvre la série. La convention relative aux zones humides d’importance internationale a été signée le 2 février 1971 dans la ville iranienne de Ramsar, date devenue la Journée mondiale des zones humides. La France l’a ratifiée le 1er décembre 1986 et compte 57 sites labellisés couvrant plus de 3,9 millions d’hectares, métropole et outre-mer confondus. La Camargue fut la première désignée, en 1986, sur près de 85 000 hectares. Ce label engage l’État à une gestion écologique du site, sans créer par lui-même d’interdiction.

Natura 2000 prend le relais côté européen. Le réseau, issu de la directive Oiseaux de 1979 et de la directive Habitats de 1992, englobe une bonne part des grands complexes humides français. Tout projet susceptible d’affecter un site doit passer par une évaluation des incidences.

L’arrêté préfectoral de protection de biotope reste l’outil le plus tranchant. Pris au titre des articles R. 411-15 et suivants du code de l’environnement, il interdit sur un périmètre défini les activités qui nuisent à une espèce protégée : comblement, drainage, circulation d’engins. Une mare à sonneurs à ventre jaune peut basculer sous ce régime en quelques mois.

Restent la protection forte et la maîtrise foncière. Réserves naturelles, cœurs de parcs nationaux, terrains du Conservatoire du littoral, espaces naturels sensibles départementaux, sites gérés par les conservatoires d’espaces naturels : l’efficacité de ces statuts se mesure. Dans l’évaluation nationale de 2023, 8 % seulement des sites sous protection forte se sont dégradés sur la décennie, contre 23 % des sites sous protection plus faible.

La police de l’eau, enfin, s’applique partout, protégés ou non. La rubrique 3.3.1.0 de la nomenclature soumet à déclaration l’assèchement, la mise en eau, l’imperméabilisation ou le remblai d’une surface de 0,1 à 1 hectare, et à autorisation au-delà de 1 hectare.

Inventorier avant de décider

Aucune protection ne s’applique à un milieu que personne n’a cartographié. Les inventaires de zones humides forment donc le socle de tout le reste, et leur maillage progresse par étages : cartographie nationale des milieux potentiellement humides, inventaires départementaux, prospections communales menées au titre des schémas d’aménagement et de gestion des eaux.

Le quatrième plan national milieux humides, lancé pour la période 2022-2026, vise une cartographie de l’ensemble des zones humides françaises avec une référence produite au 1/10 000. Cette précision change la donne pour un maire : à cette échelle, un inventaire devient opposable dans un document d’urbanisme, quand une carte au 1/100 000 laisse toute latitude d’interprétation.

Restaurer, à l’échelle d’une commune comme d’un jardin

Le même plan national fixe des cibles chiffrées : 50 000 hectares restaurés d’ici 2026, 8 500 hectares acquis par la puissance publique, deux nouveaux sites Ramsar labellisés chaque année, et un doublement des surfaces humides sous protection forte en métropole d’ici 2030.

Une commune dispose de leviers immédiats. Classer les milieux humides en zone naturelle au plan local d’urbanisme bloque l’urbanisation du fond de vallée. Boucher un drain agricole abandonné remonte la nappe. Reméandrer un ruisseau rectifié dans les années 1970 réinonde sa prairie riveraine. Une fauche tardive ou un pâturage extensif entretient l’ouverture du milieu, à condition d’intervenir après la reproduction des amphibiens et la nidification.

Un particulier agit à son échelle, et cette échelle compte plus qu’il n’y paraît. Creuser une mare, c’est recréer une zone humide miniature, fonctionnelle dès la deuxième saison : la méthode tient en quelques règles décrites dans notre pas-à-pas pour créer une mare naturelle au jardin. Désimperméabiliser une cour, remplacer une dalle par des pavés drainants, renoncer à remblayer un coin marécageux, arracher un pied de jussie : chaque geste retire une pression.

Autour d’Aix-en-Provence, ce chapelet de petits milieux tisse une continuité que la carte régionale ne montre pas, entre ruisseaux, roselières et plans d’eau comme celui de l’étang des Saules à Puyricard. Une population d’amphibiens survit rarement dans un point d’eau isolé.

Mains gantées plantant des iris sur la berge boueuse d’une mare en cours de restauration

Prochaine étape concrète : consultez l’inventaire de votre commune, en mairie ou auprès du syndicat de bassin, avant tout projet de terrassement. Un sondage à la tarière coûte toujours moins cher qu’une remise en état ordonnée par la police de l’eau.

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